Nous ne concevons pas seulement des flux. Nous concevons le temps

Nous ne concevons pas seulement des flux. Nous concevons le temps - Rachid – L'humain d'abord - relkaddouri.com

1. La dimension cachée de l’UX

Lorsque nous parlons d’UX, la plupart des discussions tournent autour des flux, des écrans et de l’utilisabilité.
Mais il existe une dimension souvent ignorée : le temps.

Chaque produit façonne la manière dont les gens vivent le temps :

  • Combien ils attendent.
  • Quand ils sont rappelés.
  • À quelle vitesse ils récupèrent après une erreur.
  • S’ils reviennent demain… ou abandonnent pour toujours.

Le mauvais design vole du temps.
Le bon design le respecte.


2. Le mythe de l’efficacité

On nous a formés à croire que “réduire le nombre de clics” était l’objectif ultime.
Pourtant, moins de clics ne signifie pas toujours une meilleure expérience.

Exemple :

  • Un site de réservation de vol avec 3 étapes, mais 5 minutes de chargement.
  • Un autre avec 7 étapes, mais une réservation en 90 secondes grâce à la clarté et à la rapidité.

👉 Lequel respecte réellement le temps de l’utilisateur ?

Le temps ≠ la vitesse.
Le temps = la qualité de l’expérience à travers le temps.


3. Les dimensions du temps en UX

a) Le temps d’attente

Écrans de chargement, validations, tickets de support…
Chaque seconde d’attente porte une charge émotionnelle.

Netflix l’a compris :
préchargement + recommandations intelligentes = moins de “temps de décision”, pas seulement moins de temps de chargement.


b) Le rappel et le rythme

Les notifications sont, en réalité, de la conception temporelle.

  • Mal synchronisées → irritation.
  • Bien synchronisées → création d’habitudes.

Exemple :
les applications de fitness qui envoient un rappel après le dîner, lorsque l’énergie remonte.


c) Le temps de récupération

Combien de temps faut-il pour rebondir après une erreur ?

La fonction “Annuler” est l’un des patterns les plus humains jamais créés.

Google Docs a changé le jeu :
sauvegarde automatique = temps de récupération nul en cas de crash.


d) La valeur du temps à long terme

Un produit doit respecter le temps de ses utilisateurs sur des semaines, des mois, des années.

Les dark patterns peuvent générer un engagement immédiat,
mais ils gaspillent la confiance — et donc le temps — à long terme.


4. Concevoir avec le temps à l’esprit

Principe 1 — Le temps est contextuel

Les mêmes 30 secondes ne se ressentent pas de la même manière :

  • 30 secondes en attendant un Uber : normal.
  • 30 secondes avant de valider un paiement : anxiogène.

Principe 2 — Concevoir des rythmes, pas seulement des étapes

Les produits doivent s’accorder au rythme naturel de la vie des utilisateurs.

Duolingo n’enseigne pas seulement une langue ;
il crée un rituel quotidien.


Principe 3 — Honorer la rareté

Le temps est la seule ressource que les utilisateurs ne récupèrent jamais.

L’UX éthique = créer des expériences qui rendent du temps,
pas qui le drainent.


5. Études de cas

Cas 1 — Applications bancaires

Ancien modèle :
approbations en 3–5 jours → incertitude + frustration.

Nouveau modèle :
mises à jour en temps réel
“Votre virement est en cours. Fin prévue dans 2 heures.”

Résultat : la confiance augmente, parce que le temps devient visible.


Cas 2 — Systèmes de santé

Faire répéter au patient les mêmes informations = temps perdu + fatigue émotionnelle.
Un portail patient connecté économise du temps sur plusieurs visites.

Ici, concevoir le temps = concevoir la dignité.


Cas 3 — Jeux vidéo

Les game designers sont des maîtres du temps :

  • cooldowns
  • streaks
  • récompenses quotidiennes
  • pacing de progression

Ils savent exactement comment rythmer l’engagement.

Question pour l’UX :
peut-on emprunter ce rythme… sans reproduire la manipulation ?


6. Du flow design → au design temporel

La majorité des frameworks UX sont spatiaux : écrans, parcours, étapes.
Mais le design mature doit aussi être temporel.

Il doit poser la question :
“Comment le temps est-il ressenti, étiré, comprimé, respecté ?”

Outils utiles :

  • Timeline Mapping → ce qui se passe quand, pas seulement .
  • Personas temporels → pas seulement qui est l’utilisateur, mais quand il interagit.
  • Service Blueprints avec marqueurs temporels → pour révéler blocages et zones d’attente.

7. L’éthique du temps

Au niveau senior, la question n’est plus :
“Est-ce utilisable ?”

C’est :
“Respecte-t-on le temps de l’utilisateur ?”

Parce que :

Les flux se terminent.
Les écrans changent.
Mais le souvenir du temps perdu — ou du temps respecté — demeure.


Et vous ?

Quel produit, selon vous, conçoit le temps de la manière la plus remarquable ?
Et quel est le pire exemple de temps utilisateur gaspillé que vous ayez observé ?

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